Frédéric Sojcher
Réalisateur

Quel est le point commun entre Cinéastes à tout prix et Hitler à Hollywood ?
Je vois plusieurs points communs entre les deux films. Cinéastes à tout prix était un documentaire sur trois autodidactes qui réalisent des longs métrages sans aucun moyen, en réinventant les règles et en arrivant à fidéliser une équipe – parfois pendant trente ans ! – autour de cette « croyance » dans le cinéma. Le cinéma est pour eux la « vraie vie » ; celle qu’on rêve. Leurs parcours sont romanesques, la réalité dépasse la fiction. Hitler à Hollywood est une autre manière de parler de la passion et du pouvoir du cinéma. De l’importance de l’imaginaire. Et cela, je l’espère, de manière ludique.
Comment est née cette histoire ?
Le cinéaste André Delvaux, qui a été mon professeur de cinéma, m’a parlé de l’importance du cinéma européen, et cela m’a beaucoup marqué. J’ai réalisé des films, mais aussi écrit des livres sur le cinéma. En 1996, le premier ouvrage que j’ai coordonné s’intitulait Cinéma européen et identités culturelles. Quand deux scénaristes, Renaud Andris et Lionel Samain, sont venus me proposer un thriller sur le cinéma européen, j’ai tout de suite été enthousiaste. Nous avons réécrit le scénario ensemble, puis avec Catherine Rihoit, une romancière et scénariste que j’admire. Les producteurs ont suivi ces étapes d’écriture, et il était essentiel d’avoir cette « même envie » de film, entre nous.
Comment s’est passé le tournage ?
Le tournage s’est déroulé sur six semaines, avec plusieurs interruptions, à cause des nombreux changements de pays. J’ai pris un immense plaisir à travailler avec une équipe réduite, inventive, enthousiaste. Hitler à Hollywood est un road movie européen, l’action nous emmène de Paris à Cannes, en passant par Berlin, Londres, Venise, Malte… Sans la complicité avec l’assistant réalisateur, Arnout André de la Porte, le film n’aurait tout simplement pas été possible : car il fallait transformer nos faiblesses (un petit budget) en atouts pour le film, et le plan de tournage a un lien direct avec ce qu’il y a de plus créatif dans la mise en scène.
A sa manière, Hitler à Hollywood participe au combat pour l’exception culturelle. En tant que spectateur et cinéaste, quel regard portez-vous sur le cinéma hollywoodien ?
J’aime beaucoup de nombreux films hollywoodiens, et un nombre plus important encore de films issus du cinéma américain indépendant. Le cinéma indépendant, par son existence, stimule l’innovation et l’inventivité des studios. Grâce à ces deux composantes, le cinéma américain est le meilleur du monde ! Si seulement les cinémas européens pouvaient avoir les mêmes moyens, économiques, de marketing et de diffusion ! Il ne s’agit pas d’être anti-américain, mais de ne pas accepter que le cinéma américain soit le seul à dominer culturellement le monde.
Pourquoi ce titre, Hitler à Hollywood ?
Hitler est le pire des dictateurs du 20ème siècle ; Hollywood est le symbole de l’industrie du cinéma. Le film traite précisément de ce lien, entre l’industrie du divertissement et la dictature qu’elle exerce sur l’imaginaire ! Le titre est aussi une manière de ne pas se prendre au sérieux – comme quand Mel Brooks, dans son film Les Producteurs, évoque un projet de comédie musicale, Springtime for Hitler !
Quel personnage du film est le plus proche de vous ?
Je me sens proche de tous les personnages âgés du film. Je trouve un vrai charme dans les octogénaires, qui gardent une dextérité d’esprit et une forme d’insoumission. Micheline Presle, à 88 ans, est d’une jeunesse plus grande que nombre de personnes de ma génération, qui ont déjà renoncé à tout ! Elle continue à vivre, par et pour le cinéma ! A titre privé, je me sens plus proche de mon père, qui dans le film joue le rôle d’un collectionneur sourd. Je laisse aux psychanalystes la libre interprétation de ce choix.
A quel genre cinématographique appartient le film ?
Le film commence comme un documentaire, le mystère apparaît et nous voilà entraînés dans un thriller. Dans Hitler à Hollywood, il y a des scènes de comédie et aussi un côté bande-dessinée. Maria de Medeiros, c’est Tintin au pays du cinéma ! Hitler à Hollywood mélange de vrais événements historiques et des situations purement inventées. Je souhaite que le spectateur ne sache pas ce qui appartient au domaine du réel et à la fiction et prenne plaisir à entrer dans l’intrigue, comme dans un jeu de piste.
Avec Hitler à Hollywood, à quel public vous adressez-vous ?
Mon rêve de cinéaste est de faire des films qui parlent au plus grand nombre. Il n’est pas nécessaire d’être cinéphile pour entrer dans l’intrigue. Mais il faut par contre être prêt à « jouer » avec le film, à ne pas être un spectateur passif. A vivre une autre expérience de cinéma qu’en voyant un « blockbuster » ! A prendre du plaisir à se poser des questions. A être curieux.
Hubert Toint
Producteur

D’où est né votre intérêt pour ce projet ?
Lorsqu’une collaboration se passe bien, nous avons naturellement envie de la prolonger en la faisant évoluer. Nous étions très heureux du travail accompli sur Cinéastes à tout prix. Avec Frédéric, nous cherchions un nouveau projet commun depuis un certain temps. Lorsqu’il m’a apporté le scénario de Hitler à Hollywood, cette histoire s’est logiquement imposée dans la continuité de notre travail.
Hitler à Hollywood occupe une place logique dans la filmographie de Saga Film…
Oui bien sûr. Avec Cinéastes à tout prix, nous rendions compte d’un phénomène réel qui aurait aisément pu passer pour de la fiction tant les cinéastes que nous présentions étaient déjantés. Avec Hitler à Hollywood, nous nous servons du réel – un tournage quasi documentaire – pour entrer dans la fiction pure… Dans les deux cas, le vrai et le faux sont mêlés de manière à laisser la place au doute chez le spectateur. C’était déjà un jeu qui nous avait beaucoup amusés sur Le Dossier B tourné comme un docu-menteur.
Quel est votre rôle en tant que producteur sur un projet comme celui-ci ?
Notre travail, c’est avant tout d’apporter du soutien à Frédéric dans sa vision et il s’agit d’un accompagnement de chaque instant, de A à Z et bien au delà de la lettre Z si vous voyez ce que je veux dire (rires). C’est un rôle complexe. D’abord parce que le film est atypique et que le projet a beaucoup évolué avant de nous révéler sa vraie nature. Ce n’est pas un faux documentaire, mais une vraie fiction, une “hyper” fiction même, comme on peut parler d’”hyper”réalisme en peinture. Il nous a demandé beaucoup de souplesse. Collaborateurs de longue date, Christophe Mazodier de Polaris Film Production (France) et Mario Mazzarotto, notre partenaire italien, ont tout de suite été emballés par le scénario et ils nous apportent leur soutien précieux depuis le début de cette aventure passionnante.
Au final, Hitler à Hollywood est une coproduction entre la Belgique, La France et l’Italie, mais le film à ce caractère particulièrement indéfinissable, propre à la belgique. Son côté BD agrémenté des connaissances historiques de Frédéric en matière de Cinéma en font une oeuvre à part qui a su tirer le meilleur de de chaque ingrédient.
Christophe Mazodier
Producteur et Fondateur de Polaris Film Production & Finance
Trésorier de l’association « Les Rendez-vous Franco-Allemands du Cinéma »

Diplômé de AUDENCIA à Nantes et d’un Master de communication (SCIENCES COM’), Christophe Mazodier a commencé sa carrière en Allemagne en 1993 au Studio Babelsberg près de Berlin, comme assistant du réalisateur-producteur Volker Schlöndorff notamment pour les trois ans qu’a duré l’aventure du « Roi des Aulnes » d’après Michel Tournier avec John Malkovich.
Au cours des sept années qu’il a passé dans le studio, il a été impliqué dans le montage financier de nombreuses coproductions internationales, a contribué à la réflexion pour l’élaboration de nouveaux instruments de financement et a développé quelques projets de longs-métrages allemands.
En 2000 il devient indépendant et produit entre 2002 et 2004 avec la société X-Filme Creative Pool, « Parfum d’Absinthe » (Was nützt die Liebe in Gedanken/Love in thoughts), de Achim von Borries avec Daniel Brühl et August Diehl. Le film est sélectionné dans de très nombreux festivals dont Sundance et Berlin et remporte le prix du public pour le meilleur acteur aux « European Film Awards » 2004.
En parallèle, il devient consultant pour le montage de financements internationaux pour des projets européens. Activité initiée avec « La Tosca », mandaté par Daniel Toscan du Plantier, elle se poursuit en 2003 par la création d’une société de consulting française qui aura parmi ses clients, Fidélité, Studio International (Groupe Lagardère) ou Pathé.
En 2005 il crée avec Thierry Potok et Hubert Toint la société Polaris film Production & Finance qu’il dirige et dans laquelle en juin 2006 il produit le premier film de Julie Delpy « Two Days in Paris », avec Adam Goldberg et Daniel Brühl. Vendu dans plus de 100 pays, le film a été sélectionné dans de très nombreux festivals dont Berlin, Tribecca, Los Angeles, Paris Cinéma 2007… Il remporte une nomination aux « Spirit Awards » comme meilleur premier film, et aux « Trophées du film français » comme « duo révélation » . Enfin le film est nominé pour le scénario aux « Césars 2008 » et comme meilleur film 2007 aux « Globes de Cristal ».
En 2007, il coproduit le deuxième long-métrage de Michael Glawogger « Das Vaterspiel » avec Sabine Timoteo, Christian Tramitz et Ulrich Tukuch qui obtiendra l’avance sur recette après réalisation en langue étrangère et qui sortira chez K Films. Le film sera sélectionné au festival de Berlin et remportera le Grand Prix Diagonal de Grasz.
En 2008, il coproduit avec Saga Film le film d’Olivier van Malderghem « Rondo » avec Jean-Pierre Marielle et Aurore Clément (sortie chez Eurozoom pour l’été 2011) et produit le pilote de « Yellow Bird », le projet de Rodolphe Pauly qui sera diffusé sur Canal+, TPS, Orange TV et TV5. En 2009, il produit avec Saga Film « HH, Hitler à Hollywood » de Frédéric Sojcher avec Maria de Medeiros et Micheline Presle. Le film sera sélectionné dans de très nombreux festivals, dont Karlovy Vary (Prix FIPRESCI de la critique internationale) ou Venise (Venice Days) et obtiendra l’avance sur recette après réalisation et sort le 4 mai 2011 chez Eurozoom .
2010 sera l’année de production de « 2 Days in New York », la suite de « 2 Days in Paris », avec Julie Delpy, Chris Rock et Albert Delpy.
Enfin, pour 2011, il prépare la production des film de Hubert Toint « Mirage d’Amour avec Fanfare » et de Olivier Gondry « Milligrams of Happiness.
Enfin il a également été chargé de cours à La Sorbonne, et enseigne toujours à l’ESEC.
Source : CNC